Bordeaux, deux millénaires d’histoire entre amphithéâtre et grands crus

par | Fév 19, 2026 | Tourisme

Histoire de Bordeaux : plus de 2 000 ans d’aventures, un amphithéâtre gallo-romain encore visible et, selon la mairie, plus de 7 millions de visiteurs en 2023. Cette chronologie foisonnante fascine autant les historiens que les curieux. Du commerce du vin à la Révolution, la capitale girondine a souvent été à l’avant-garde. Mais connaît-on vraiment les jalons essentiels qui expliquent son rayonnement actuel ? Décryptage, chiffres à l’appui.

Des origines romaines à la cité marchande médiévale

Bordeaux naît sous le nom de Burdigala au Ier siècle avant J.-C. L’oppidum se transforme vite en carrefour stratégique : la Garonne permet de remonter vers Toulouse, l’Atlantique ouvre la route de l’étain britannique. En 56 apr. J.-C., l’amphithéâtre de Palais-Gallien (15 000 places) prouve la prospérité gallo-romaine.

Au Moyen Âge, un tournant décisif survient en 1152. Aliénor d’Aquitaine épouse Henri Plantagenêt, futur Henri II d’Angleterre : Bordeaux devient capitale d’un empire continental. Les exportations de vin explosent vers Londres et Bruges. Vers 1300, les registres portuaires évoquent déjà 800 barriques par an. La ville se fortifie ; la Grosse Cloche, érigée au XVe siècle, symbolise cette richesse marchande.

Pourtant, la guerre de Cent Ans (1337-1453) freine l’essor. En 1453, la bataille de Castillon scelle le retour à la couronne de France. Bordeaux amorce alors un repositionnement commercial, misant toujours sur le vin, mais aussi sur le pastel et le cuir.

D’un côté…, mais de l’autre…

D’un côté, cette prospérité médiévale crée une élite puissante ; de l’autre, les inégalités se creusent. Les chroniques du Parlement de Bordeaux (fondé en 1462) mentionnent déjà des émeutes frumentaires. Cette tension sociale préfigure les révoltes du XVIIe siècle.

Pourquoi Bordeaux est-elle devenue la « Belle Endormie » ?

L’expression, popularisée au XIXe siècle, interroge. La Révolution industrielle dynamise Lyon ou Lille, mais Bordeaux ralentit. Pourquoi ?

  1. La sédimentation géographique : le vaste méandre de la Garonne complique l’implantation d’usines lourdes.
  2. La concurrence portuaire : à partir de 1860, Le Havre capte le trafic transatlantique.
  3. La crise phylloxérique : entre 1875 et 1892, 72 % du vignoble girondin est détruit par le puceron ravageur.

Conséquence : la population stagne (235 000 habitants en 1901, 245 000 en 1936). Les façades XVIIIe, noircies par la suie, donnent à la ville un air figé, d’où le surnom « Belle Endormie ».

Qu’est-ce que le Port de la Lune ?

Le Port de la Lune désigne la courbe en croissant de la Garonne. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007, il rappelle le rôle central du négoce maritime. Les quais pavés du XVIIIe siècle, conçus par l’intendant Tourny, accueillaient jusqu’à 500 navires par an au pic du commerce colonial (vers 1780).

Personnalités qui ont façonné le destin bordelais

  • Michel de Montaigne (1533-1592) : deux fois maire, il écrit une partie des Essais dans sa demeure de Saint-Michel. Sa devise « Que sais-je ? » résonne encore à l’université bordelaise.
  • Montesquieu (1689-1755) : président à mortier au Parlement, il publie De l’esprit des lois après avoir observé la vie bourgeoise locale.
  • Jacques Chaban-Delmas (1915-2000) : maire de 1947 à 1995, il modernise les infrastructures et initie la ceinture verte.
  • Plus récemment, Alain Juppé (1995-2019) lance la réhabilitation des quais et le tramway, clé de la renaissance urbaine.

Ces figures illustrent un fil rouge : Bordeaux mise sur l’innovation politique et culturelle pour rebondir.

Comment Bordeaux a-t-elle résisté pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Lorsque Paris tombe en juin 1940, le gouvernement français se replie à Bordeaux. La ville devient capitale provisoire du 14 au 28 juin. Vichy prend ensuite le relais, mais l’épisode marque les esprits. Les Allemands transforment la base sous-marine de Bacalan en bunker. Pourtant, la Résistance s’organise : le réseau Hilaire sabote plusieurs cargos entre 1942 et 1944. Le 28 août 1944, la 2e DB reçoit la reddition allemande place Pey-Berland.

Que reste-t-il aujourd’hui des grandes heures bordelaises ?

Bordeaux conjugue mémoire et dynamisme. Pour tout passionné d’histoire de Bordeaux, voici cinq sites incontournables :

  • Place de la Bourse et miroir d’eau : chef-d’œuvre classique conçu par Gabriel (1730-1775).
  • Tour Pey-Berland : clocher gothique, vue à 66 m.
  • Cité du Vin : inaugurée en 2016, déjà 2,3 millions de visiteurs cumulés.
  • Musée d’Aquitaine : 1 million d’objets, de la préhistoire aux années 1960.
  • Base sous-marine : reconvertie en centre d’art numérique (Bassins des Lumières, record de 610 000 entrées en 2023).

D’un point de vue patrimonial, la métropole investit 45 millions d’euros annuels (budget 2024) pour la restauration des bâtiments classés. Mais les défis persistent : l’érosion des quais et la gestion du tourisme de masse exigent une vigilance continue.

Vers une nouvelle page

Depuis 2020, Bordeaux poursuit son virage écologique : zones piétonnes élargies, pistes cyclables (+55 % en quatre ans) et tramway à batteries sur la ligne D. Cette modernisation s’inscrit dans un héritage pluriséculaire : adapter sans renier le passé.


Je parcours souvent les ruelles pavées du quartier Saint-Pierre au lever du jour. Chaque pierre semble murmurer les exploits d’Aliénor ou les doutes de Montaigne. Si ces chroniques vous intriguent, laissez-vous guider lors de votre prochaine promenade : la moindre porte cochère réserve un fragment d’archives. Le passé bordelais n’a jamais autant invité au voyage.